La publicité réalité, la publicité des vrais gens
Sur fond de crise socio-économique, les comportements évoluent. Les consommateurs changent leurs habitudes de consommation, les gouvernements changent leur façon de gouverner et les publicitaires changent leurs publicités. Et pour ne pas prendre Laporte, nous assistons aujourd’hui à un « retour aux fondamentaux »…(celle-ci, elle est cadeau, elle est pour vous !) Les dernières campagnes le montrent, la tendance est à la publicité-réalité ! Les superstars cirent le banc de touche, et aujourd’hui c’est Roger qui mouille le maillot et pousse en mêlée…
Mais c’est qui Roger ? Roger, c’est ce consommateur alpha qui trime à la fin du mois parce que son pouvoir d’achat fait la gueule (son banquier aussi d’ailleurs) et parce qu’il doit nourrir sa femme et ses trois gosses qui lui coutent les yeux de la tête. Roger, c’est ce travailleur alpha qui a peur de perdre son boulot parce qu’il a vu dans le JT de Pernaut que Michelin allait encore licencier 1000 personnes qui vont être difficiles à replacer. Roger, c’est monsieur tout-le-monde qui refuse de bosser jusqu’à 67 ans, parce que « c’est pas une vie, quand même » ! Et quand Roger allume sa télé (achetée à crédit), quand il ouvre son journal régional, quand il écoute la radio en faisant un petit brin de toilette, Roger se voit dans un miroir.
« Le RSA, ça sert à ça » expliquent les deux spots mettant en Sylviane l’assistante à la personne et Marc, le cariste qui s’en sort pas ; « Virgile est acrobate, voltigeur et musicien » et pour lui « changer l’énergie, c’est être un locataire exigeant » nous apprend EDF ; Mario et Tang (alias Patrick) font la publicité Carrefour ; les banquiers de la Société Générale investissent dans vos projets personnels ; « On se retrouve sur TF1 » signe la première chaîne et bien sûr « Venez comme vous êtes » matraque l’immense campagne 360° lancée par Mc Donalds ! J’en passe des dizaines et des dizaines parce qu’au final, la chanson est la même : « Notre jury, c’est vous » (M6).
Face aux excès bling-bling, les marques jouent la carte de la relation aux consommateurs, cette fameuse proximité qui s’est progressivement perdue au profit de la création de mythes, des valeurs de luxe et de haut de gamme et des objectifs psycho-sociaux à atteindre pour prétendre avoir réussi sa vie. Une épuration qui tourne parfois jusqu’à la profonde empathie et qui marque surtout l’émergence de « la nouvelle modestie » (dixit Karl Lagerfeld). Les temps sont durs et les marques s’adaptent à l’actualité, elles se rapprochent de leurs consommateurs et soulignent un certain espoir de retrouver nos comportements ultra-consommateurs aujourd’hui en voie de disparition. La publicité se reconnecte à la réalité et ça marche : les campagnes « vraies » s’inscrivent comme les plus efficaces du moment! Je persiste donc à penser que la publicité s’impose comme le reflet de notre société, et qu’elle peut nous apprendre beaucoup. Pas de folies ni d’excentricités donc, pour le moment le bon sens suffit à vendre, le chef d’atelier réussit à convaincre l’automobiliste de remplacer son pare-brise chez Carglass et on va acheter nos pâtes chez Carrefour car Mario-Patrick a dit qu’elles n’étaient pas chères…Ceci dit, j’attends impatiemment la version Roger du « Nespresso, what else ? »…
Vous pouvez déconnecter vos neurones.